Maestro Sabicas

À la mémoire
du Maestro Sabicas

Agustín Castellón Campos est né à Pampelune en 1912. Enfant prodige autodidacte, il joue en public pour la première fois à l’âge de huit ans à peine. Depuis tout petit le “Niño de las Habicas” était prédestiné à rompre les schémas traditionnels dans la communauté flamenca.

“Je n’avais que cinq ans lorsque j’ai commencé à faire du son avec ma guitare.” (…)

“Je n’ai jamais eu de maître dans ma vie. J’ai pris la guitare, je me suis à jouer et aujourd’hui j’en suis là.”.

Maestro Sabicas (Revista Jaleo, San Diego – California, Abril 1981)

Au milieu des années 30, Sabicas intègre une compagnie flamenca avec laquelle il arrive à Buenos Aires en 1937, au moment même où Carmen Amaya triomphe dans la capitale argentine. Ils connectent immédiatement et c’est le début d’une relation fructueuse, qui donnera au Flamenco une nouvelle dimension et fera d’eux les grands ambassadeurs du genre en Amérique.

L’année suivante Carmen Amaya et Sabicas débutent une tournée dans les principaux théâtres d’Amérique Latine avant de franchir le pas vers les États-Unis. Après une période de rodage dans des petites salles, c’est en janvier 1942 qu’a lieu leur grand début au Carnegie Hall – où “Sabicas est le plus applaudi de la soirée” selon la critique du New York Herald Tribune.

“En 1955, nous sommes retournés tous les deux, Carmen et moi, aux États-Unis, et je ne suis jamais rentré”. (…)

“Cela nous a demandé beaucoup de travail et beaucoup de notre temps, mais elle avec sa danse et moi avec ma guitare, nous avons réussi à faire connaître le Flamenco authentique dans le monde entier. Le faire connaître et apprécier.”

Maestro Sabicas

Après cinq années triomphales sur les scènes les plus prestigieuses des États-Unis, Sabicas s’installe au Mexique où il se marie peu après, et donne naissance à deux enfants. Mais en 1955, son chemin croise à nouveau celui de Carmen Amaya, qui lui propose une nouvelle tournée aux États-Unis. Sabicas s’installe alors définitivement avec sa famille à New York, où il vivra jusqu’à la fin de ses jours et d’où il exerce une grande influence au niveau mondial, amplifiée par son triomphe aux Etats-Unis.

En 1957, Carmen Amaya termine sa tournée américaine et une nouvelle étape commence pour Sabicas ; le Maestro collabore en plusieurs occasions avec le guitariste Mario Escudero, avec qui il enregistrera trois disques et se produira plusieurs fois. Leur récital au Town Hall de New York en mai 1959, le premier récital de guitare flamenca de l’histoire selon plusieurs critiques américains, marquera un tournant dans la carrière de Sabicas.

“Avec Sabicas j’ai découvert une pureté du son que je n’avais jamais entendue, une vitesse que je méconnaissais jusque-là, et en définitive une façon différente de jouer.
À partir de ce moment-là, loin d’oublier Ricardo, j’ai pu intégrer dans mon apprentissage la façon de jouer de Sabicas et la transformer pour me l’approprier.”

Paco de Lucía

Une carrière de concertiste qui, bien que limitée pendant longtemps au territoire nord-américain (par peur de l’avion), a eu une immense répercussion dans le monde entier grâce à une riche production discographique – avec plus de 40 disques tout au long de sa carrière – distribuée également au Japon, en Australie, en Angleterre ou en France. À partir de 1959, alors que ses disques commencent à arriver en Espagne, Sabicas exerce une grande influence sur toute une génération de guitaristes flamencos, qui découvrent une nouvelle façon de jouer de la guitare. Et quelques années plus tard a lieu une rencontre qui changera le cours de l’histoire de la guitare flamenca, celle de Paco de Lucía et du Maestro Sabicas à New York.

“J’aimerais revenir jouer à Pampelune. Cela fait trente neuf ans que je n’ai pas vu ma ville natale. Mon pouls s’accélère à la simple évocation de son nom.”

Maestro Sabicas (Diario ABC, 1974)

En 1967, Sabicas ose enfin prendre l’avion ; il se rend pour la première fois au Japon et peu après en Espagne, trente ans après son départ pour l’Amérique, sur une invitation de la IV Semana de Estudios Flamencos de Malaga. Dès lors et jusqu’en 1974, le Maestro revient en Espagne en diverses occasions, toujours pour des raisons professionnelles. Lors de sa dernière visite il déclare dans une interview :

Un désir qui se fait réalité huit ans plus tard ; Pampelune lui dédie ses San Fermines de 1982 et lui remet la Médaille d’Or de la ville avec un hommage au Teatro Gayarre, où l’accompagnent Naranjito de Triana et Pepe Habichuela, entre autres. La même année, le Maestro se produit au Palau de la Música, dans le cadre du III Festival Flamenco de Barcelone, mais retourne rapidement à New York pour ouvrir la première édition de l’ International Guitar Festival, avec un concert au Cami Hall de la Columbia.
Jusqu’à que ce que deux ans plus tard Enrique Morente réclame sa présence à la I Cumbre Flamenca, avec laquelle il parcourt plusieurs villes d’Espagne et d’Allemagne. C’est en 1987 que le Maestro Sabicas reçoit un hommage mérité au Teatro Real de Madrid.

“e n’avais qu’une idée en tête depuis quelque temps, faire ce disque » (…) « Je connais le maestro depuis 20 ans, et il m’a accompagné au cante lors de nombreuses fêtes, mais il n’existait pas d’enregistrement de lui avec un son actuel accompagnant le cante jondo, classique
Et je pensais que ce jeu devait être enregistré à jamais, ce serait une leçon pour les guitaristes à venir”.

Enrique Morente

Enrique Morente, grand admirateur du Maestro, n’avait qu’une idée en tête depuis quelque temps, enregistrer un disque avec Sabicas. En 1989, il obtient enfin les fonds nécessaires pour le financer et commence l’enregistrement de Morente-Sabicas. Nueva York / Granada. La même année, le Maestro reçoit un dernier hommage au Carnegie Hall de New York, accompagné de Morente et Paco de Lucía ; quelques mois plus tard, Sabicas disparaît dans la ville où il avait vécu pendant plus de trente ans.

Le grand Maestro Sabicas laisse un héritage d’une valeur inestimable. Son rôle d’ambassadeur du Flamenco dans le monde entier et l’influence de son style, tant auprès de ses contemporains que des nouvelles générations de guitaristes est incontestable. C’est la raison pour laquelle nous voulons célébrer sa mémoire et mettre en valeur son héritage, et sa renommée permettra de faire découvrir le Flamenco aux nouveaux publics du Nord de l’Espagne et d’ailleurs.

Le Flamenco Voyage vers le Nord, pour célébrer la mémoire du Maestro Sabicas.